Une réglementation sur le "piercing" à l'étude

                                                                                                    par le Docteur  Christian Delahaye

                                                                                                                                Cahiers 05-99


    Le Dr Bernard Accoyer, député (RPR) de Haute-Savoie, interpelle la secrétaire d'Etat à la Santé sur les risques infectieux inhérents au développement de la pratique, "dans des conditions pour le moins diverses", du "piercing". Des experts planchent depuis l'été sur l'évaluation du problème. Une réglementation pourrait s'ensuivre, qui serait une première en Europe.
   

    Le Dr Accoyer a choisi d¹interpeller Dominique Gillot, la secrétaire d'Etat à la Santé et à l'Action sociale, par une question écrite publiée au "Journal officiel". Témoin de la "multiplication des officines" où de plus en plus de jeunes viennent se faire percer oreilles, langue, narines, lèvres, seins, prépuce ou clitoris, le praticien haut-savoyard s'étonne : "Aucune réglementation ne s'applique à ces professionnels qui ont pignon sur rue et pratiquent des effractions, par incision ou perforation, de la barrière naturelle cutanée ou muqueuse. Autrement dit, des actes qui s¹apparentent à la pratique chirurgicale, avec les risques infectieux qui s¹y attachent."
    Le Dr Accoyer, dans la pratique libérale de chirurgien ORL qu'il a conservée dans sa ville d'Annecy-le-Vieux, a eu à connaître plusieurs cas pour lesquels il a réparé des lobules ou des pavillons qui avaient été infectés ou lésés par des pratiques de "piercing".
    "Ces cas étaient heureusement bénins, mais qui peut exclure des complications graves, inhérentes à des contaminations virales, de type VIH ou tétanos, ou à des maladies émergentes ? Qui peut même exclure que certains accidents aient pu entraîner la mort ? "
    En demandant à Mme. Gillat de "bien vouloir lui indiquer les mesures qui ont été prises ou qu'elle entend mettre en oeuvre dans ce domaine dans le cadre de la politique de santé publique", le Dr Accoyer veut "mettre le gouvernement au pied du mur" : "Ma question est un cri du coeur. Comment admettre que, tandis que les professionnels patentés et conventionnés sont
l'objet de mesures frénétiques d¹encadrement sanitaire, de plus en plus d'interventions puissent être pratiquées au mépris de la rigueur scientifique et de la sécurité sanitaire par des boutiques ayant pignon sur rue ? »
   

                         "Artiste dermoplasticienne"
    A l'enseigne de "Tribal Act", dans le 11e arrondissement de Paris, l'une de ces officines est constituée en SARL ("le Quotidien" du 22 décembre 1997). Son objet social consiste en la "vente de décoration et d'ornementation du corps ainsi que ce qui rattache à ces activités".
    Avant de recevoir des "soins", le client de "Tribal Act" doit signer un formulaire de décharge pour toute complication qui surviendrait. La responsable, Emma Thiery, admet volontiers qu'aucune formation n'est dispensée en France et qu'aucune réglementation ne s'applique à son travail, "à la différence de ce qui se passe aux Etats-Unis". "Nous utilisons un autoclave d'une valeur de 50 000 F pour stériliser nos appareils, et nos aiguilles sont à usage unique", assure la jeune "artiste dermoplasticienne", en se prévalant de "la caution morale d'une dermatologue du quartier", dont elle se refuse toutefois à communiquer l'identité.
    Mme Thiery excipe aussi d'un mystérieux "agrément" qui lui aurait été délivré en 1998 par la DRASS (direction régionale de l'Action sanitaire et sociale). Mais les divers interlocuteurs du "Quotidien" au ministère de l'Emploi et de la Solidarité comme au secrétariat d'Etat à la Santé ne voient pas qu'un tel document ait pu être établi dans l'état actuel de la réglementation. Ou plutôt de la non-réglementation.
    La question du Dr Accoyer a le mérite, à cet égard, d'attirer l'attention sur un vide qui n'avait d'ailleurs pas échappé aux autorités : cet été, en effet, à la demande du Comité supérieur d¹hygiène public, un groupe d'experts a été mis en place pour évaluer le risque infectieux lié aux pratiques du "piercing" et du tatouage. Les conclusions sont attendues pour les prochains mois. A la clé, soit la mise en place d'un cadre réglementaire strict, avec des habilitations. Soit la mise hors la loi des officines sauvages et leur interdiction. En tout état de cause, le statu quo serait bien étonnant. Selon le règlement de l'Assemblée nationale, Mme. Gillot dispose de deux mois pour rendre publique sa réponse à la question du Dr Accoyer.
   

                                                                                        Christian Delahaye
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