ACADÉMIE NATIONALE DE CHIRURGIE DENTAIRE
AU SEIN DES HÔPITAUX DE PARIS
Paul- Hugh DÉMOGÉ
La préoccupation d'assurer des soins dentaires a certainement existé depuis longtemps dans les Hôpitaux de Paris. En 1886, pourtant, la situation était suffisamment préoccupante pour que le Conseil de Surveillance soit saisi par le Directeur des Hôpitaux de Paris, qui s'exprimait en ces termes :
"L'attention de l'Administration a été appelée plusieurs fois déjà sur l'utilité qu'il y aurait à créer dans les hôpitaux un traitement spécial pour les maladies des dents. Cette création a été réclamée par MM. les chefs de service qui savent combien ce traitement, dans les conditions où il est appliqué actuellement, laisse à désirer, et combien il est nécessaire de le réorganiser.
"MM. les chirurgiens, en effet, qui ne sauraient être astreints à l'avulsion des dents, ne peuvent, dans leurs consultations, porter leur attention sur ce qui relève plus particulièrement de l'art du dentiste. Si les élèves s'en occupent, c'est toujours avec indifférence ou sans suite, et le plus souvent au détriment du malade. Le traitement des dents se trouve abandonné aux garçons de consultations qui en retirent un certain profit, et sont, en réalité, les dentistes des hôpitaux. Ce traitement, entre leurs mains, se réduit à l'avulsion des dents, et ces soins multiples qui peuvent amener la guérison des dents malades, ou le redressement des dents déviées, en un mot, toutes les opérations usitées aujourd'hui dans l'art dentaire, sont négligées ou ignorées.
" Des services spéciaux existent, il est vrai, à la Charité, à l'hôpital des Enfants, à Trousseau, à la Maison d'accouchement, à l'hospice des Enfants assistés, à Bicêtre et à la Salpêtrière, mais quelques-uns seulement sont confiés à des dentistes ayant attache officielle.
"...Il est donc absolument nécessaire de créer un véritable traitement des maladies des dents dans tous les hôpitaux d'adultes, et de réorganiser celui qui existe actuellement dans les hôpitaux d'enfants.
"La meilleure organisation serait sans doute d'attacher un dentiste à chaque établissement. Mais la nécessité de choisir ces praticiens parmi les docteurs d'une faculté française, en réduit forcément le nombre"...
LES PRÉCURSEURS
Cette proposition se complétait par le projet de créer huit postes de dentistes des hôpitaux; ils seraient docteurs en médecine, âgés de 28 ans au moins et 56 ans au plus et de nationalité française.
Ils desserviraient les vingt-deux établissements hospitaliers parisiens. Chacun d'entre eux aurait à assurer une visite par semaine dans deux établissements et à tenir deux consultations hebdomadaires dans un troisième où se trouverait réuni le matériel complet nécessaire à des interventions suivies.
C'est ainsi qu'apparurent, en octobre 1887, les premières consultations pour les traitements des dents à la Charité, à Saint-Antoine, aux Enfants-malades, à Cochin, à Lariboisière et à Tenon.
Dès 1889, la difficulté de faire face aux besoins en traitements dentaires faisait l'objet d'un nouveau rapport au Conseil de surveillance. Il reconnaissait l'insuffisance du nombre de dentistes des hôpitaux, tant en raison des besoins exprimés que de la dispersion des établissements auxquels un même dentiste était rattaché. Ce qui se traduisait par une médiocre assiduité de leur part, ou la concentration de leurs activités dans un seul des établissements dont ils avaient la charge. Trop d'opérations étaient encore faites dans de mauvaises conditions par les élèves ou même par les garçons d'amphithéâtres.
Il fut donc décidé que, dans douze des principaux établissements, des consultations bihebdomadaires seraient assurées, à la fois pour les malades de l'hôpital qui seraient désignés par les chefs de service et pour les malades du dehors. Le praticien qui en serait chargé porterait désormais le titre de dentiste titulaire des hôpitaux.
Les premiers services voyaient ainsi formellement le jour. Aux hôpitaux précédemment cités s'ajoutaient : l'Hôtel-Dieu, la Pitié, Necker, Beaujon, Saint-Louis, Trousseau et les Enfants-Assistés.
On peut dire aujourd'hui que tous les services de stomatologie qui leur ont succédé sont donc centenaires !
Une nouvelle catégorie de dentistes-adjoints recrutés selon les mêmes normes, assureraient les visites hebdomadaires dans les hôpitaux ne comportant pas de consultation à demeure. Ils seraient au nombre de cinq.
L'année 1897 devait apporter une intéressante nouveauté : le Syndicat des chirurgiens dentistes demanda que les chirurgiens dentistes, fraîchement diplômés, soient admis à concourir pour les postes de dentistes des hôpitaux.
Si l'on considère que le diplôme fondé en 1892, mis en application en 1893, comportait trois années d'études, il faut reconnaître que nos aînés ne perdaient pas de temps. Ils faisaient en particulier valoir la difficulté de leurs études et le sérieux des examens auxquels ils avaient été soumis, ainsi que la désignation de l'un d'eux pour être le dentiste de l'École polytechnique.
Cette demande fut repoussée aux trois motifs suivants :
- que les conditions d'attributions des premiers diplômes avaient largement tenu compte des situations établies, et qu'elles avaient parfois été complaisantes;
- que les dentistes des hôpitaux seraient certainement appelés à enseigner, et qu'il étaient important qu'ils aient une formation médicale beaucoup plus complète que celle des chirurgiens dentistes;
- que, de toute façon, le nombre des candidats titulaires du doctorat en médecine était suffisant pour assurer un recrutement répondant aux normes établies en 1886 et confirmées en 1890.
S'y ajoutait l'intéressante remarque suivante :
"Ce qui peut suffire à la pratique civile ne suffit pas à la pratique hospitalière.
"En ville, à côté du dentiste, se trouve pour chaque client un médecin ou un chirurgien qui l'éclaire et le guide : le client ne s'adresse guère au dentiste que pour une opération, arrachage ou plombage d'une dent, pose de dents artificielles, etc...
"À l'hôpital, le dentiste ne doit pas être un simple opérateur : le client de hasard qui se présente n'a pas de médecin pour le diriger...
"Le dentiste des hôpitaux doit être capable de faire de l'enseignement... et à ce point de vue encore le titre de docteur en médecine s'impose".
Ce qui, au fond, n'était pas si mal vu, si l'on considère que dès l'année suivante, M. Godon, directeur de l'École dentaire de Paris, demandait que ses étudiants soient reçus pour un stage clinique une fois par semaine dans le service de médecine du docteur Launois, à Beaujon, et de chirurgie du grand Sébileau, à Boucicaut, offrant à chacun de ces chefs de services la somme de 1.000 francs par an pour cet enseignement. Ce qui fut accepté.
Cependant l'intervention des chirurgiens dentistes mit en évidence l'absence de formation pour le traitement des dents au cours des études médicales. En accord avec le doyen de la faculté de médecine de Paris, on décida donc que les candidats aux postes de dentistes des hôpitaux devraient également justifier du diplôme de chirurgien dentiste obtenu après une préparation ayant duré... une année au minimum !
Cette organisation répondit aux besoins des hôpitaux de Paris jusqu'à la fin de la guerre 1914 - 1918.
Le nombre des dentistes-titulaires et des dentistes-adjoints devait osciller entre 24 et 28 jusqu'en 1923. Parmi eux les grands noms apparaissent : Chompret, Didsbury, Frey, Roy, Capdepont, Croquefer, Robin, L'Hirondel, Darcissac, Maurel, Izard, Nespoulous, Lacronique et bien d'autres.
Les services de stomatologie des Armées avaient, pendant la guerre, prouvé leur utilité dans le traitement de trois cent mille blessés de la face (les "gueules cassées"). Ce qui explique pourquoi, en 1924, le Syndicat des dentistes des hôpitaux pétitionne l'Administration pour obtenir le changement de titre. Les dentistes-titulaires deviennent stomatologistes titulaires et les dentistes-adjoints sont stomatologistes des hôpitaux. Les premiers seront vingt, les seconds huit. Mais le rapporteur précise :
"Il doit bien être entendu que cette nouvelle dénomination n'implique pas que nous soyons disposés à envisager pour la spécialité dentaire la création de véritables services dotés de lits" ... donc pas de "chefs de services" et "que ce changement de dénomination ne devra pas être considéré comme étendant les attributions des dentistes à un domaine réservé aux autres membres du corps médical hospitalier".
L'Hôtel-Dieu, la Pitié, Saint-Louis, Cochin et Lariboisière organisèrent une consultation de stomatologie quotidienne, avec un ou deux lits de repos, mais sans hospitalisation... donc sans chefs de service.
Au cours des quarante années suivantes, la promotion de la stomatologie en spécialité de plein droit devait changer tout cela.
En 1968, lorsque débutera l'histoire de l'odontologie hospitalo-universitaire à Paris, les Hôpitaux de Paris comptent vingt-quatre services de stomatologie dirigés par des stomatologistes chefs de services. Le corps est complété par treize stomatologistes des hôpitaux.
Ces services assurent les soins nécessaires aux populations recherchant des traitements en milieu hospitalier, avec l'assistance d'un nombre important d'attachés, tant stomatologistes que chirurgiens dentistes, et des étudiants en stages de formation pour le certificat de spécialité en stomatologie et pour le diplôme de chirurgien dentiste.
S'y ajoutent, dans Paris intra-muros, les dispensaires des deux écoles de chirurgie dentaire survivantes :
- l'École dentaire de Paris de la rue de La Tour d'Auvergne;
- l'École Odontologique de la rue Garancière.
LES SERVICES D'ODONTOLOGIE
La création des services d'odontologie est directement liée aux réformes des études de chirurgie dentaire dont le chantier avait été lancé dès la fin de la guerre 1939-1945.
Cet enseignement était, en France, d'une extrême diversité.
Les plus anciens établissements en étaient privés, organisés
- soit par des associations de chirurgiens dentistes à la fin du XIXe siècle et au début du XXe;
- soit par l'initiative privée de chefs d'établissements - propriétaires;
- soit par des municipalités;
- soit encore, et plus tard, par des facultés de médecine, sous forme d'instituts dentaires ou d'enseignements dépendant d'une chaire de stomatologie.
Lorsque les premières mesures sérieuses furent prises, en 1965, à l'initiative des professeurs Jean Délibéros, Robert Weill et Henri Huguet, soutenus par l'action de nombreuses et influentes associations professionnelles, l'enseignement de la chirurgie dentaire à Paris est entièrement de caractère privé et bénévole.
L'École dentaire de Paris et l'École odontologique de Paris fonctionnaient sous la responsabilité et le contrôle de la faculté de médecine de Paris qui délivrait le diplôme d'État de chirurgien dentiste permettant l'exercice de l'art dentaire.
Chacune de ces écoles avait organisé dans ses locaux un dispensaire permettant de pratiquer les actes dont la connaissance est nécessaire à l'obtention du diplôme. Ces dispensaires ouverts au public étaient agréés par la Sécurité sociale qui leur accordait l'avantage du tiers-payant pour les soins relevant de la nomenclature générale des actes médicaux. Les étudiants payaient des droits d'inscription assez importants et fournissaient en grande partie les instruments de traitement.
La dépendance à l'égard des facultés de médecine, et surtout le caractère onéreux des enseignements, étaient de plus en plus mal perçus par les étudiants, les enseignants à titre bénévole et la profession d'une manière générale.
L'aspiration à participer à l'enseignement supérieur public était très forte.
En 1965, donc, paraît le premier texte dont seront issues les nouvelles structures permettant la réforme des études de chirurgie dentaire.
Fondamentalement, le projet s'inspire des Centres hospitalo-universitaires (C.H.U.) existant pour les études de médecine, réunissant les moyens pédagogiques d'une faculté de médecine aux capacités de soins d'un centre hospitalier régional (C.H.R.).
Les personnels particuliers des C.H.U. sont bi-appartenants, universitaires et hospitaliers.
Sur le même schéma, un Centre de soins, d'enseignement et de recherche dentaires (C.S.E.R.D.) réunit les moyens pédagogiques d'une École nationale de chirurgie dentaire au Service de consultations et de traitement dentaires (S.C.T.D.) devant être créé dans le C.H.R. (Fig. 1)
CENTRE DE SOINS, D'ENSEIGNEMENT
ET DE RECHERCHE DENTAIRES
Décret du 22 septembre 1965
FACULTÉ DE MÉDECINE
ÉCOLE NATIONALE DE CHIRURGIE DENTAIRE
+
CENTRE HOPITALIER RÉGIONAL
SERVICE DE CONSULTATIONS ET DE TRAITEMENTS DENTAIRES
Fig. 1.
Les personnels particuliers de C.S.E.R.D. sont bi-appartenants, universitaires et hospitaliers. Ils sont titulaires soit du diplôme de chirurgien dentiste, soit du doctorat en médecine. Cette dualité de recrutement explique en grande partie le terme d'odontologiste que l'on trouvera dans les appellations.
Ceux-ci se divisent en personnels :
- titulaires : professeurs de 1er et de 2e grade des Écoles nationales de chirurgie dentaire - odontologistes des S.C.T.D.
- contractuels : assistants des Écoles nationales de chirurgie dentaire - odontologistes assistants des S.C.T.D.
Le recrutement de ces personnels particuliers devant se faire à partir d'une liste nationale d'aptitude.
La mise en application des nouvelle dispositions fut longue. De nombreux particularismes se trouvaient affectés, la diversité de statuts des différents établissements d'enseignement de la chirurgie dentaire les rendaient difficiles à appliquer. Certaines chaires de stomatologie des facultés de médecine étaient peu favorables à I'indépendance de ces enseignements. Enfin les Centres hospitaliers régionaux se voyaient imposer de créer des Services de consultations et de traitement dentaires dont ils s'étaient fort bien passés jusque-là.
On peut comprendre !
La bourrasque universitaire de 1968 fit démarrer ce qui avait tant de mal à se mettre en train. La chirurgie dentaire hospitalo-universitaire doit beaucoup aux circonstances de ce temps-là, qui permit toutes les initiatives et, disons-le, beaucoup d'audaces.
Toujours est-il que la loi Edgar Faure sur la réforme des universités se traduisit à Paris par la décision de créer, en plus des deux Écoles de chirurgie dentaire privées existantes, une École nationale de chirurgie dentaire (Fig. 2)
CENTRE DE SOINS, D'ENSEIGNEMENT
ET DE RECHERCHE DENTAIRES
Décret du 22 septembre 1965 (adapté)
=
UNIVERSITÉ DE PARIS V - RENÉ DESCARTES
ÉCOLE NATIONALE DE CHIRURGIE DENTAIRE
+
ASSISTANCE PUBLIQUE - HÔPITAUX DE PARIS
SERVICE DE CONSULTATIONS ET DE TRAITEMENTS DENTAIRES
Fig. 2.
Dès le mois d'octobre 1968, le professeur Michel Viquesnel en fut chargé. Avec des collègues bénévoles issus des deux Écoles, il organisa - dans des locaux prélevés sur la toute nouvelle École normale supérieure de jeunes filles établie à Montrouge - les enseignements de seconde année des études de chirurgie dentaire pour plusieurs centaines d'étudiants, issus de la première année d'études médicales.
La nouvelle École nationale de chirurgie dentaire entra dans le giron de l'université Paris V - René Descartes. Ses premiers personnels, professeurs des 1er et 2e grade titulaires et assistants contractuels, recevaient leurs nominations en janvier 1969. Les négociations avec l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (C.H.R. parisien) commencèrent rapidement, car il fallait prévoir les moyens d'enseignement clinique pour un quatrième année en 1970 - 1971. La convention nécessaire une fois signée, il fallait créer des postes de soins en nombre suffisants pour assurer l'enseignement clinique de quelques 250 étudiants par année pendant deux ans.
Dans le Paris intra-muros, les services de stomatologie des hôpitaux assuraient déjà un lourde tâche, mais suffisaient à la demande de la population parisienne. S'ajoutaient à eux les dispensaires de deux Écoles qui continuaient leurs fonctions d'enseignement et de soins en convention avec l'Éducation nationale, certains de leurs enseignants ayant opté pour le statut des personnels particuliers des C.S.E.R.D.
Il parut raisonnable d'aller plutôt vers les populations de la périphérie parisienne où se trouvaient :
- des hôpitaux en construction, tel l'hôpital Louis Mourier que l'on terminait à Colombes,
- l'hôpital Albert Chenevier à Créteil dont la structure pavillonnaire permettait encore de construire,
- ou l'hôpital-hospice d'Ivry qui disposait de suffisament de place pour des constructions nouvelles.
Celles-ci furent toutes du même type : pavillons de plain-pied comportant 24 postes de soins destinés à fonctionner en policlinique.
En mars 1971, le S.C.T.D. du C.S.E.R.D. de l'université Paris V ouvrait ses trois centres de soins. Ils étaient tous à plusieurs kilomètres de ce que l'on appelait déjà la faculté. Un seul chef de service avait la charge de 72 postes de soins en trois unités. Les deux plus éloignées, Albert Chenevier et Louis Mourier, se trouvant à trente kilomètres l'une de l'autre.
Ainsi une bonne centaine de praticiens hospitalo-universitaires presque tous à temps partiel se trouvaient écartelés entre quatre pôles d'activités.
En 1973, la capacité d'accueil des centres de soins d'Albert Chenevier et d'Ivry fut augmentée de 16 postes de soins. Les patients commençaient à apprécier les services devenus disponibles.
Le premier chef de service fut le professeur Michel Viquesnel. Il mit en place la délégation de chaque centre à un professeur responsable, tout en assurant l'organisation générale des activités et des personnels. Et surtout la difficile liaison avec la direction de l'Assistance publique pour laquelle ce S.C.T.D. était un "cadeau" dont elle se serait assez bien passée.
Tout était à découvrir et à inventer.
Dans le même temps, l'École odontologique de la rue Garancière gérait sa mutation sous la houlette du professeur Pelletier-Dutemple. En 1974, elle se liait à l'Université Paris VIl et son dispensaire devenait S.C.T.D. dont le premier chef de service fut le professeur Robert Rolland.
La proximité de l'Hôtel-Dieu fit de cet établissement l'hôpital de rattachement administratif. Pour la petite histoire, la raison principale en fut la capacité de son service de caisses à gérer les tiers-payants de la Sécurité sociale.
Cette raison technique provoqua le même rattachement administratif du dispensaire de l'École dentaire de Paris, lorsque celle-ci décida en 1976 de faire don de ses locaux à l'Assistance publique, devenant le quatrième centre de soins du S.C.T.D. de "Montrouge" sous la responsabilité du professeur Éliane Klingler. Son dispensaire, rebaptisé centre Jean Délibéros, rejoignait ainsi le S.C.T.D. de l'université René Descartes (Fig. 3)
CENTRE DE SOINS, D'ENSEIGNEMENT
ET DE RECHERCHE DENTAIRES
Décret du 22 septembre 1965 (adapté)
=
UNIVERSITÉ DE PARIS V - RENÉ DESCARTES
ÉCOLE NATIONALE DE CHIRURGIE DENTAIRE
+
ASSISTANCE PUBLIQUE - HÔPITAUX DE PARIS
SERVICES D'ODONTOLOGIE
Centre Jean Délibéros - Hôtel-Dieu Paris 9e
Hôpital Louis Mourier 92 Colombes
Hôpital Albert Chenevier 94 Créteil
Hôpital Charles Foix 94 Ivry
Fig. 3.
En 1981, la réforme des personnels hospitalo-universitaires englobait les personnels particuliers des C.S.E.R.D. À l'instar de l'organisation des médecins et biologistes hospitalo-universitaires, avec les mêmes appellations et grades :
- les personnels titulaires devinrent professeurs des universités - praticiens hospitaliers plein temps, maîtres de conférences des universités - praticiens hospitaliers plein temps ou temps partiel,
- avec les assistants des universités - odontologistes assistants, contractuels,
- et la survivance sans renouvellement des titulaires anciens professeurs du 1er grade - odontologistes des S.C.T.D.
En 1991, les S.C.T.D. deviennent Services d'odontologie en équivalence avec les services de médecine, de biologie et de pharmacie des hôpitaux. Les cinq centres de traitement dentaire de Paris sont chacun un service d'odontologie distinct. L'Hôtel-Dieu est gestionnaire de deux services : service "Garancière" et service "Jean Délibéros".
Depuis une dizaine d'année, on observe une augmentation graduelle des hospitalo - universitaires à plein temps.
Dernière acquisition des services : l'internat d'odontologie, d'une durée de trois ans après concours national, prépare les futurs cadres hospitalo-universitaires.
CONCLUSION
À l'issue de près de trente années d'existence, il paraît possible de dire que les cinq services d'odontologie des Hôpitaux de Paris ont complété leur implantation de plein droit dans le tissu hospitalier de la capitale.
Les deux services intra-muros, rattachés à l'Hôtel-Dieu, desservent la rive gauche pour la faculté de chirurgie dentaire de l'université Paris VII (Garancière), et la rive droite pour le Centre Jean Délibéros de la faculté de chirurgie dentaire de l'Université Paris V.
Les trois services des hôpitaux de banlieue, desservent le sud-est de la capitale avec Charles Foix et Albert Chenevier, et le nord-ouest avec Louis Mourier.
Plus de deux cents postes de soins modernes, assurant des consultations quotidiennes du matin et de l'après-midi, permettent l'enseignement clinique simultané de 500 étudiants de doctorat d'exercice. Ils devront faire face à l'augmentation des besoins pédagogiques provoqués par la prolongation des études dentaires, désormais portées à six années ainsi qu'aux autres enseignements cliniques de spécialité et de formation postuniversitaire.
Les cinq services constituent aujourd'hui des consultations externes particulièrement actives et capables d'assumer - en un même lieu - l'ensemble des soins conformes aux données acquises de la science.
Leur dynamisme est dû au nombre et à la diversités des praticiens qu'ils réunissent :
- personnels hospitalo-universitaires,
- étudiants stagiaires
- en formation de diplôme d'exercice,
- en spécialité d'orthopédie dento-faciale,
- en multiples formations continues post-universitaires.
Trois cents praticiens hospitalo-universitaires, titulaires et assistants, assurent la qualité et le suivi des soins, ainsi que l'encadrement pédagogique des étudiants stagiaires. À ce titre, les Hôpitaux de Paris représentent l'une des plus fortes concentrations de personnels odontologiques au monde.
D'Écherac écrivait en 1909 :
"Depuis quelques années, l'Administration a institué dans tous les hôpitaux, un service dentaire confié à des chirurgiens dentistes possédant le diplôme de docteur et dont le savoir est éprouvé.
Toutes les opérations faites jadis par le premier venu, et la plupart du temps par le garçon d'amphithéâtre, sont maintenant pratiquées par un homme de l'art ou son auxiliaire.
Les dentistes des hôpitaux donnent aussi des consultations et pratiquent à l'hôpital des opérations sur le public externe plusieurs fois par semaine à des heures déterminées. Cette réforme a été des plus heureuses; elle a produit les meilleurs résultats".
Nos aînés avaient reçu un bien joli compliment. Quatre-vingt-dix ans plus tard, les odontologistes d'aujourd'hui espèrent s'inscrire dans la même tradition du service médical et en mériter un semblable.
Mais ceci, c'est aux autres à le dire.
BIBLIOGRAPHIE
Assistance publique de Paris. Comptes-rendus des séances du Conseil de Surveillance 1880-1924, Archives de l'Assistance publique à Paris.
Assistance publique de Paris. Extrait des annuaires du corps médical des Hôpitaux de l'AP-HP concernant le corps des dentistes de 1900 à 1921, stomatologistes, à partir de 1924, odontologistes en 1992, des Hôpitaux de Paris. Mission du cent-cinquantenaire de l'AP-HP. CNU 55.03, 1996.
D'ÉCHERAC A. L'Asssistance publique. Ce qu'elle fut; ce qu'elle est. Steinheil édit., Paris, 1909.
PIGANOL R., DE SAVIGNY J., FEGER B., JEOFFROY J. Le Médecin hospitalier. Berger-Levrault, édit., Paris 1976.
L'auteur remercie les membres du service des archives de l'Assistance publique à Paris pour l'aide précieuse reçue de leur part au cours de la préparation de cet article.