Interventions
chirurgicales concernant
les
dents de sagesse incluses,
dans
le Val-de-Marne
Introduction
Les résultats de l’enquête nationale sur la
structure des actes bucco-dentaires [1], réalisée en 1992, ont montré que les
extractions des “ dents de sagesse incluses, enclavées ou à l’état
de germe ” (cotation NGAP : DC ou KC 40) représentaient
sensiblement 26 % de la somme des coefficients des actes chirurgicaux remboursés,
et par conséquent un poids financier important.
La
comparaison du coût des avulsions des dents de sagesse incluses, enclavées ou
à l’état de germe, selon que l'intervention est effectuée sous anesthésie
locale ou anesthésie générale (tableau I) aboutit à un coût théorique de
2,9 à 4,5 fois supérieur pour l’anesthésie générale (sans tenir compte de
facteurs non systématiques tels que bilans préopératoire et radiographique,
pharmacie…).
|
|
Coût
de l'intervention |
|
||
|
|
Sous AL* |
Sous
AG* ** |
Rapport |
|
|
|
|
< 24 h |
> 24 h*** |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
1 DDS***** |
548 |
1782 |
|
3,3 |
|
|
548 |
|
2466 |
4,5 |
|
|
|
|
|
|
|
2 DDS**** |
822 |
2691 |
|
3,3 |
|
|
822 |
|
3375 |
4,1 |
|
|
|
|
|
|
|
3 DDS**** |
1096 |
4171 |
|
3,8 |
|
|
1096 |
|
4855 |
4,4 |
|
|
|
|
|
|
|
4 DDS**** |
1644 |
4719 |
|
2,9 |
|
|
1644 |
|
5403 |
3,3 |
*
AL = anesthésie locale -
AG = anesthésie générale
**
Somme du coût de l'acte (praticien et anesthésiste) et de la
rémunération de l'environnement
***
Entrée un matin à 8 h - sortie le lendemain à 11 h, par exemple
****
DDS : dent de sagesse
Tableau I - Coût théorique
des interventions sur les dents de sagesse
NB
: Calculs effectués en fonction des tarifs constatés (dans le département) en
1999 :
FSO
= 26,79 Frs -
FSE : 75 % FSO = 20,09 Frs -
PJ = 584,09 Frs
ANP = 250 Frs - ENT = 350 Frs
Des études
antérieures réalisées par le Service Médical ont mis en évidence ces
importantes différences de coût en fonction de l’anesthésie utilisée :
- une étude réalisée en
1988 [2] a montré que le coût d’une intervention sous anesthésie générale
pouvait être de 2,5 à 6 fois plus élevé que sous anesthésie locale ;
- Une étude réalisée en
1993 [3] indique que le coût moyen de l’extraction des 4 dents de sagesse en
clinique en une séance est 2,3 fois plus élevé que le coût de l’extraction
des mêmes dents en 4 séances distinctes au cabinet.
Toutefois, de profondes modifications de la législation
ont eu lieu depuis les premières études. Celles-ci concernent :
- le calcul des F.S.E (frais
de séjour et d'environnement) – F.S.O. (frais de salle d'opération)
ainsi que des frais d’hébergement et de soins (Accord tripartite du 14 décembre
1992, paru au Journal Officiel du 21 janvier 1993).
- la suppression de la formalité de l'entente préalable
lorsque plus de 3 dents de sagesse incluses, enclavées ou à l'état de
germe sont extraites sous anesthésie générale
Ces
observations nous ont conduit à réaliser dans le département du Val-de-Marne
une étude dont l'objectif était de faire une estimation du coût de ces
interventions selon le type d'anesthésie
Une requête SIAM
(Système Informationnel de l'Assurance Maladie) a permis d'obtenir la liste des
actes dont les cotations sont supérieures ou égales à DC 40 ou KC 40 :
- remboursés
au cours du premier semestre 1999 pour les assurés du Régime Général de
l'Assurance Maladie du Val-de-Marne, stricto sensu (hors sections mutualistes)
- effectués
par les chirurgiens-dentistes et les stomatologistes.
Ont été exclus de l'étude :
- les actes
réalisés dans la cadre de la dotation globale
- les actes
réalisés dans les services de consultations et de traitements dentaires
attenants aux facultés de chirurgie dentaire (S.C.T.D.)
De cette base de sondage, un tirage aléatoire de 500
patients différents a été réalisé.
Après étude des radiographies demandées aux
assurés et des renseignements complémentaires fournis par les praticiens exécutants
concernant :
- le
compte-rendu opératoire,
-
l'indication thérapeutique de l'avulsion,
-
l'indication de l'anesthésie générale ou de la neuroleptanalgésie,
une fiche de recueil anonyme a été établie pour
chaque dossier.
Sur celle-ci, l'indication médicale des
interventions a été appréciée en fonction des réponses fournies par les
praticiens les ayant exécutées.
Les indications d'avulsion ont été classées
selon les tableaux 2, 3 et 4 que l'Agence Nationale d'Accréditation et
d'Evaluation en Santé (ANAES) a publié dans ses recommandations et références
médicales de 1997 [4], qui rappelons-le, ne concernent que les troisièmes
molaires mandibulaires.
Le logiciel Statistical Package for Social Science
(SPSS Ò) a été
utilisé pour le tirage aléatoire des dossiers et le traitement des données.
Les intervalles de confiance ont été calculés au risque de 5 %.
Résultats
1
Population étudiée
La requête SIAM a sélectionné 4 838 dossiers,
concernant 3 735 assurés ou bénéficiaires différents.
Pour les 500 patients sélectionnés, 535 dossiers
payés ont été demandés, 486 ont été reçus.
228 dossiers ayant du être écartés (actes hors
champ de l'étude, ou bien localisation des actes n'étant pas mentionnée),
l'analyse a porté sur 258 dossiers payés
comportant l'extraction d'au
moins une dent de sagesse incluse, enclavée ou à l'état de germe.
Un même patient
ayant pu avoir plusieurs interventions, 234 assurés ont été concernés, plus
souvent (p < 0,02) de sexe féminin (58 %) que masculin (42 %).
Ces interventions
ont été réalisées majoritairement sur des patients jeunes, voire très
jeunes, l'âge moyen étant de 24,5 ans (± 1,5), et la médiane
de 21 ans (figure 1).

Figure
1 - Répartition selon l'âge des patients
2 Description des
interventions
2.1
Mode d'anesthésie
191
interventions, soit 74 %, ont été réalisées sous anesthésie locale et 67 interventions,
soit 26 %, ont été réalisées sous anesthésie générale (dont 9
sous neuroleptanalgésie).
Figure 2 - Histogramme de la durée d'hospitalisation
2.2-Spécialité
des praticiens
Les 258 interventions de l'échantillon ont
été effectuées par 52 médecins stomatologistes et 58 chirurgiens-dentistes
différents.
La répartition en fonction de la spécialité
est colligée dans les tableaux II et III (un même praticien pouvant avoir
effectué plusieurs interventions).
|
|
Interventions |
|
Coefficients des lettres-clés
(KC ou DC) |
||
|
|
Fréquence |
% |
|
Total |
Moyenne |
|
Stomatologiste |
169 |
66 |
|
11155 |
66 [62
; 69] |
|
Chirurgien-dentiste |
89 |
34 |
|
4065 |
45 [42
; 48] |
|
Total |
258 |
100 |
|
15220 |
58 [56
; 61] |
Tableau
II - Répartition des interventions en fonction de la spécialité du
Praticien et des coefficients
|
|
Coefficients |
||||||
|
|
Lettre clé DC |
|
Lettre clé
KC |
||||
|
|
Nbre
Interv.** |
Somme |
Moyenne |
|
Nbre
Interv.** |
Somme |
Moyenne |
|
A.G.* |
4 |
420 |
105 [89
; 120] |
|
63 |
5655 |
89 [85
; 94] |
|
A.L.* |
85 |
3645 |
42 [41
; 44] |
|
106 |
5500 |
51 [48
; 55] |
* AG :
Anesthésie générale -
A.L. : Anesthésie locale
** Nbre
interv. : nombre d'interventions
2.3 Nombre
de dents extraites
54,7 % des
interventions ont concerné l'extraction d'une seule dent. Respectivement
l'extraction de deux dents a été réalisée dans 21,7 %, celle de quatre dents
dans 20,5 % et celle de 3 dents dans 3,1 % des interventions.
Le nombre total
de dents de sagesse incluses, enclavées, ou à l'état de germes extraites au
cours des 258 interventions a été de 489, soit en moyenne 1,90 dent (± 0,15) par
intervention.
Il y a eu 231
dents extraites sous anesthésie générale, soit 3,45 dents (± 0,21) en moyenne
par intervention et 258 dents extraites sous anesthésie locale, soit 1,35 dent
(± 0,10) en
moyenne par intervention.
|
Mode
d'anesthésie |
Nombre de dents extraites par intervention |
Total |
|||
|
1 |
2 |
3 |
4 |
||
|
Anesthésie générale |
1 |
13 |
8 |
45 |
67 |
|
Anesthésie locale |
140 |
43 |
0 |
8 |
191 |
|
Total |
141 |
56 |
8 |
53 |
258 |
Tableau IV - Nombre de dents extraites par intervention
en fonction de
l'anesthésie utilisée
Le choix du mode
d'anesthésie a été très lié au nombre de dents extraites (tableau IV)
:
- 99,3 % des interventions où une seule dent de sagesse est extraite ont
été réalisées sous anesthésie locale.
- Environ 85 % des interventions où 4 dents de sagesse sont extraites ont
été réalisées sous anesthésie générale.
2.4 Coûts
2.4.1 Coût pour l'Assurance Maladie
Les
honoraires réglés aux professionnels de santé pour la totalité des actes sélectionnés
par la requête SIAM s'élèvent à 4 821 734 Frs .
La base de
remboursement étant de 3 487 303 Frs, l'Assurance Maladie a remboursé 2 908 959
Frs (la différence représentant le ticket modérateur).
Le
coût pour l'Assurance Maladie des 258 interventions sélectionnées a été de
387 422 Francs ; le coût minimum d'une intervention étant de 384 Francs
et le coût maximum de 6 104 Francs.
La
moyenne a été de 1 501 Francs (± 221 Frs) par
intervention.
Les
67 interventions sous anesthésie générale ont coûté à l'Assurance Maladie
298 455 Francs, la moyenne étant de 4 454 Francs par intervention
[4259 Frs ; 4547 Frs], le minimum pour une intervention étant de 2 130 Francs
et le maximum de 6 104 Francs.
Les
191 interventions sous anesthésie locale ont coûté à l'Assurance Maladie 88
967 Francs, la moyenne étant de 465 Francs par intervention [439 Frs ; 491
Frs], le minimum pour une intervention étant
de 384 Francs et le maximum de 2 189 Francs.
Selon
ces chiffres, le coût moyen d'une intervention sous anesthésie générale est
9,5 fois plus élevé que sous anesthésie locale.
En
tenant compte du nombre de dents extraites par intervention, le coût moyen pour
l'Assurance Maladie d'une dent de sagesse incluse, enclavée ou à l'état de
germe extraite sous anesthésie générale a été de 1 292 Francs (± 82 Frs) et celui
d'une dent de sagesse extraite sous anesthésie locale de 341 Francs (± 12 Frs),
soit un rapport de 3,7 environ.
Le
coût moyen des 45 interventions concernant 4 dents de sagesse extraites sous
anesthésie générale en une seule fois a été de 4705 Francs [4549 Frs ; 4862
Frs ] ; selon la Nomenclature Générale des Actes Professionnels le coût de 4
dents de sagesse extraites sous anesthésie locale en 4 séances distinctes est
de 4 x KC (DC) 40 = 2192 Francs, entraînant un remboursement par la caisse à
70 %, soit 1534 Francs.
Le
rapport est dans cette hypothèse de 3,06.
Pour
les 13 interventions où 2 dents de sagesse ont été extraites sous anesthésie
générale en une seule séance, le coût moyen a été de 3551 Francs [3094 Frs
; 4008 Frs] ; sous anesthésie locale en 2 séances distinctes, la même
intervention aurait coûté à l'Assurance Maladie 70 % de 2 KC (DC) 40, soit
767 Francs.
Le
rapport dans ce cas est de 4,6.
2.4.2 Coût pour l'assuré
Le
coût laissé à la charge de l'assuré (ticket modérateur, dépassements
d'honoraires éventuels pour DP ou honoraires libres...) a été en moyenne 3 fois
plus important quand l'intervention a été réalisée sous anesthésie générale
(1 021 Frs ± 187 Frs contre 335 Frs ± 43 Frs).
2.5
Etat clinique des dents concernées
La répartition
des interventions en fonction de l'état clinique de la dent a été colligée
dans le tableau V.
|
|
Anesthésie
générale |
Anesthésie
locale |
Total |
||
|
Dents incluses |
5 |
(7,4 %) |
24 |
(12,6 %) |
29
(11,2 %) |
|
Dents enclavées |
19 |
(28,4 %) |
97 |
(50,8 %) |
116
(45,0 %) |
|
Dents à l'état de germe |
43 |
(64,2 %) |
70 |
(36,6 %) |
113
(43,8 %) |
|
Total |
67 |
(100
%) |
191 |
(100
%) |
258 (100
%) |
Tableau V - Répartition
des dents incluses, enclavées ou à l'état de germe en fonction
de l'anesthésie utilisée
2.6
Indications des avulsions
Ont été exclues
les interventions portant sur des dents de sagesse du maxillaire supérieur (23)
qui ne sont pas concernées par les recommandations de l'ANAES, et celles pour
lesquelles le praticien n'a pas fourni de réponse (10). Ont donc été étudiées
225 interventions concernant des
dents de sagesse mandibulaires : 63 effectuées sous anesthésie générale
et 162 sous anesthésie locale.
Les
indications fournies par le praticien en fonction de l'anesthésie et de l'état
clinique de la dent ont permis d'établir leur répartition, par ordre décroissant
de fréquence (Tableau VI).
|
|
Anesthésie générale |
|
Anesthésie locale |
Total |
||||
|
|
I* |
E* |
G* |
|
I* |
E* |
G* |
|
|
Avulsions effectuées dans le cadre d'un traitement
d'orthopédie dento-faciale |
3 |
4 |
43 |
|
6 |
7 |
62 |
125 |
|
3ème molaire mandibulaire enclavée, ayant
une péricoronarite récidivante réfractaire aux traitements
conservateurs, ou une péricoronarite compliquée |
0 |
8 |
0 |
|
0 |
54 |
0 |
62 |
|
Troubles neurologiques (algie inexpliquée, hypoesthésie, parésie) |
1 |
2 |
0 |
|
5 |
12 |
2 |
22 |
|
3ème molaire mandibulaire en rapport avec un kyste ou une
tumeur bénigne |
0 |
0 |
0 |
|
1 |
5 |
0 |
6 |
|
3ème molaire mandibulaire enclavée, cariée non restaurable
de manière durable, atteinte d'une pulpopathie ou de l'une de ses
complications |
0 |
1 |
0 |
|
0 |
5 |
0 |
6 |
|
3ème molaire mandibulaire enclavée en position horizontale
ou mésio-angulaire, et dont la couronne est en contact avec la racine
distale de la 2ème molaire. |
0 |
1 |
0 |
|
0 |
3 |
0 |
4 |
|
Total |
4 |
16 |
43 |
|
12 |
86 |
64 |
225 |
* I
= Incluse - E = Enclavée
- G
= à l'état de germe
Tableau VI - Indications des avulsions
2.7
Indication de l'anesthésie générale
Pour les 67 interventions effectuées sous anesthésie générale ou neuroleptanalgésie, les praticiens ont indiqué que leur décision a été prise pour les motifs suivants (pour chaque intervention, plusieurs réponses étaient possibles) :
- 54 fois (# 80 %) en raison de la durée de l'intervention
- 36 fois (# 54 %) en raison des difficultés opératoires
- 31 fois (# 46 %) en raison du confort du patient
- 10 fois (# 10 %) en raison de l'état général du malade
Discussion
1 Limites de l'étude
On peut s'interroger sur la période
choisie : les six premiers mois de l'année sont-ils très différents des six
derniers mois ? Un certain nombre d'extractions de dents de sagesse sont effectuées
pendant les vacances scolaires, mais essentiellement celles de courte durée ;
on trouve alors peu de différence entre les vacances du premier semestre (dites
de "février" et "Pâques") et celles du second semestre
("Toussaint" et "Noël"), les durées étant sensiblement égales.
Les non réponses des
praticiens n'ont pas permis l'exploitation de 76 dossiers, soit environ 1/6 des
dossiers sélectionnés par le tirage au sort.
Une analyse de ces 76
dossiers montre qu'ils concernent 9 chirurgiens-dentistes et 17 stomatologistes
différents, mais un stomatologiste à lui seul n'a pas répondu pour 20 dossiers
; 16 interventions ont été effectuées sous anesthésie générale et 60
interventions ont eu lieu sous anesthésie locale.
On retrouve donc sensiblement
la même répartition des praticiens (» 1/3 de chirurgiens-dentistes
et 2/3 de stomatologistes) et des anesthésies (»
1/4 d'anesthésie générale et 3/4 d'anesthésie locale) dans les dossiers non
retenus que dans ceux étudiés.
Les informations concernant
les indications d'avulsion et le choix de l'anesthésie ont été recueillies en
fonction des déclarations faites par les praticiens exécutants. En conséquence,
ces dossiers peuvent permettre une estimation, et non pas une évaluation, de
l'application des recommandations publiées par l'ANAES. On peut toutefois noter
que le "biais d'interview" a été réduit par l'utilisation d'un
questionnaire fermé pour les indications de l'anesthésie générale.
Il n'a pas été tenu compte
des coûts induits par certains éléments tels que les bilans préopératoires,
les frais pharmaceutiques, les radiographies préopératoires ou les arrêts de
travail consécutifs car ils ne sont pas spécifiques au type d'intervention.
Les éléments exposés
ci-dessus interdisent une extrapolation des résultats au-delà de la population
étudiée.
2 Analyse des résultats
Environ un quart seulement
des interventions sont effectuées sous anesthésie générale, mais chacune de
celles-ci représente un "coût brut" moyen 9,5 fois supérieur à
celui d'une intervention sous anesthésie locale.
Une comparaison plus
objective des deux types d'interventions a montré qu'une seule dent de sagesse
incluse, enclavée ou à l'état de germe extraite sous anesthésie générale
coûte à l'Assurance Maladie 3,7 fois plus cher que sous anesthésie locale.
Ces chiffres confirment que
les extractions de dents de sagesse sous anesthésie générale entraînent un
surcoût non négligeable pour l'Assurance Maladie, assez proche de celui mis en
évidence dans les études précédentes [2,3].
"L'anesthésie générale
n'est pas un acte bénin et en odontostomatologie elle ne devrait être indiquée
qu'en cas d'impossibilité absolue de soins en ambulatoire" [5].
L'estimation réalisée à partir des réponses des praticiens ne montre pas
cette indication comme fréquente, et compte tenu que 90 % des patients ont
moins de 30 ans, il s'agit probablement d'une population peu malade et présentant
peu de contre-indications à l'anesthésie locale ou loco-régionale.
Le surcoût important de
l'anesthésie générale pour l'Assurance Maladie, associé à l'augmentation
non négligeable du risque opératoire pour des patients majoritairement jeunes
ne présentant pas d'indication médicale formelle, seraient de nature à suggérer
un rétablissement de l'entente préalable pour l'avulsion de 3 dents de sagesse
et plus.
Une action en ce sens
pourrait être envisagée auprès des décideurs et en particulier la Commission
de la Nomenclature.
Rappelons également que 50
des 63 interventions effectuées sous anesthésie générale dans notre échantillon,
l'ont été pour des indications liées à l'orthopédie dento-faciale. Or
l'ANAES dans ses recommandations [4] indique "qu'aucune certitude n'existe
entre évolution d'une troisième molaire mandibulaire et encombrement
dentaire" et "qu'il n'existe pas en 1997 de données scientifiquement
établies pour recommander ou contre-indiquer une avulsion". En corollaire
le groupe de travail de l'ANAES a "recommandé qu'un travail spécifique
soit réalisé sur les indications et non-indications de l'avulsion
orthodontique des troisièmes molaires mandibulaires.
Les conclusions de ce groupe
de travail ne sont toujours pas connues à ce jour et sont actuellement très
attendues, d'autant plus que d'autres pays de la Communauté Européenne ont déjà
pris position sur de sujet. Au Royaume Unis, le National Institute for
Chirurgical Excellence (NICE) recommande de ne pas extraire les dents de sagesse
asymptomatiques [6], appuyant sa décision sur une littérature abondante [7],
[8], [9], et estime à 5 millions de livres (8 millions de dollars) par an l'économie
résultant de cette recommandation.
Mais dès maintenant des
actions de communication concernant le coût et les indications des anesthésies
générales sont nécessaires auprès des instances Conventionnelles
(Chirurgiens-dentistes et Médecins-stomatologistes) du Val-de-Marne.
Références
[1]
Caisse Nationale de l'Assurance Maladie des Travailleurs Salariés.
RIM nationale sur les actes bucco-dentaires.
In : Enquête nationale sur les actes bucco-dentaires - Paris : CNAMTS,
1995, p.
42 - 49
[2]
Chavaret J., Grillot G., Gosselin J., Larrieu J.L., Viala J.F.
Les interventions bucco-dentaires sous anesthésie générale
Revue médicale
de l'Assurance maladie 1998, 1 : p. 13 - 22
[3]
Peyrat P., Dat J.P., Bossau P., Marion J.,
Etude comparative des indications et coûts des extractions des dents de
sagesse
incluses, enclavées ou à l'état de germe, en cabinet et en clinique.
Revue médicale de l'Assurance Maladie 1993 ; 3 : 42 - 46
[4]
Agence Nationale d'Accréditation et d'Evaluation en Santé.
Indications et non indications de l'avulsion des troisièmes molaires
mandibulaires
In : Recommandations et références médicales- 1997, 69 -99
[5]
Sorin G., Stoll J., Herter G., Thielly P.
Extractions et soins dentaires sous anesthésie générale en Normandie.
Enquête du service médical de Normandie 1998.
[6]
Morant H.
Nice issues guidelines on wisdom teeth
British Medical Journal - 2000 ; 320 : 890
[7]
Song F., O'Meara S., Wipson P., Kliguna J., Golder S.
The effectiveness and cost effectiveness of the prophylactic removal of
wisdom teeth
NHS Centre for Reviews and Dissemination, University of York,
November 1999
[8]
Edwards M.J., Brickley M.R., Goodey R.D., Sheperd J.F
The cost, effectiveness and cost effectiveness of removal and retention
of
Asymptomatic disease free third molars
British Dental Journal 1999 ; 187 (7) : 380 - 384
[9]
Mercier P., Precious D.
Risks and benefits of removal of impacted third molars : a critical of
the
literature
J. oral maxillo fac. surg - 1992 ; 21 : 17-27