La retraite, ça se prépare !

Ch.-Y. Daieff [1]

Accueil ; Retour aux Dossiers

  

  La vie de chacun(e), et spécialement d'un médecin, est découpée en trois grandes étapes presque égales : éducation et apprentissage, de 0 à 28/ 30 ans ; activité professionnelle de 30 à 60/65 ans environ ; retraite de 65 à.... 85/95 ans : environ 30 ans

 Cette longue durée de retraite implique donc, pour être réussie, une préparation très sérieuse : préparation psychologique, pratique, financière, familiale, ludique.

Cette présentation ne se veut pas exhaustive de tous les problèmes qui se posent, mais, tenant compte d’expériences vécues, cherche à être essentiellement pratique.

Elle sera très utilement complétée par la lecture d’un opuscule écrit par Marie-Claude Barbier : «  Préparer sa retraite » (Ed. Masson) qui traite plus spécialement et en détail des problèmes financiers.

 

1.     Préparation psychologique

Il est important de commencer par cela, parce que c’est la clef de la réussite ultérieure. En effet, on peut subir sa retraite comme un échec si l’on y est contraint par la maladie, une diminution des performances, une fatigue anormale à la station debout, alors que l’idéal est d’en faire un choix volontaire, réfléchi, prévu, donc un acte positif, un choix de mode de vie, quand il est encore temps.

Un des avantages considérables des professions libérales, c’est la liberté de choisir la date de sa retraite, très tard parfois (merci pour les générations futures, puisque la poursuite du versement des cotisations après 65 ans n’augmentera pas de façon significative la pension reçue) ou plus tôt, grâce au MICA. Mais une retraite, c’est fondamentalement une autre vie, et il va donc falloir "s’adapter". Or, avec les années, il est bien connu que l’adaptabilité diminue. Combien de retraités s’ennuient et s’éteignent vite qui ont voulu poursuivre leur activité au-delà des fameux 65 ans, et n’ont plus eu le ressort physique et intellectuel pour s'adapter quand ils se sont arrêtés à 70 ou 75 ans.

Dans cette optique il est important des lister ses «hobbies », et de prévoir ceux qui pourront être développés ou entrepris (bridge, golf, bénévolat, activités artistiques, etc.)

Cela revient à dire qu’il faut se préparer plusieurs années à l’avance pour que la retraite ne soit pas un coup du sort, subi.

 

2.     Préparation pratique

Plusieurs actions sont à entreprendre  tôt, 2 ans avant parfois :

Ø     Lister les formalités à accomplir.

Cela peut paraître un peu scolaire, mais elles sont suffisamment nombreuses pour que l'on écarte le risque d'en oublier ou de dépasser des dates (par exemple, pour le contrat de conversion). Ce sont :

-  la CARMF.

- la Caisse Primaire de Sécurité Sociale à laquelle vous devez indiquer que vous ne prescrirez plus à partir de telle date (prescriptions permises pour vous-mêmes et votre entourage proche avec la mention "médecin retraité" sur l'ordonnance, avec droit à remboursement des médicaments, mais pas de la consultation, bien entendu )

-  l'inspection des  impôts

-  la caisse nationale vieillesse des travailleurs salariés (CNAVTS), s'il y a lieu.

- les autres caisses de retraite complémentaires et notamment l'IRCANTEC.

-  votre propriétaire si vous avez un bail,

-  vos confrères si vous êtes en groupe.

- votre assurance professionnelle, pour résilier votre contrat.  Si vous continuez à avoir des activités médicales bénévoles (médecin de théâtre par exemple) il peut être prudent de conserver une assurance pour médecin retraité.

- les ASSEDIC

- votre personnel, à cause du préavis légal  mais celui-ci peut être anticipé.

Ø     Reconstituer sa carrière :

- carrière libérale : cela est assez facile  puisque, chaque année, la CARMF donne le nombre de points acquis dans les années précédentes et il suffit alors de multiplier ce nombre  par la valeur du point pour connaître la retraite que l’on aura, et cela dans les 3 régimes obligatoires (régime de base, ASV, régime complémentaire).

Pour le régime général, les versements faits au-delà de 150 trimestres (37,5 années) ne donnent aucun droit. En revanche, pour les autres régimes, le nombre des points augmentent chaque année. Or, s’il ne vous reste que peu d'années pour profiter d’une retraite majorée, où est l’intérêt ?

Il peut être très utile de contacter la CARMF pour étudier, avec un conseiller, la  possibilité de "racheter des points", que ce soit au titre des années d’externat, d’internat ou de service militaire. Le rachat de points est toujours une bonne affaire : avantageuse au plan fiscal, immédiatement, puisque déductible ; rentable au plan  financier, pour peu que l’on vive plus de 7 ans environ après sa prise de retraite.

- carrière(s) salariée(s) : quel que soit le salariat, (clinique, dispensaire, centre de soins, hôpital, etc.), on a obligatoirement cotisé à la Caisse Nationale Vieillesse des Travailleurs Salariés (CNAVTS : 01 40 37 37 37. - 75951 PARIS CEDEX 19). Il suffit de téléphoner à cette caisse pour connaître l’antenne locale proche de son domicile, s’y rendre avec la totalité de ses différents bulletins de salaires des différents employeurs, son livret de famille (puisqu’il y a des majorations par enfant), et là, le conseiller fera devant vous le total des droits acquis et la projection de la retraite possible dès 60 ans. Il pourra aussi vous faire prendre conscience de certains manques dans vos documents qui seront à compléter calmement et non dans la précipitation.

- les caisses complémentaires, dont vous devez avoir conservé les documents, sont également à contacter, mais c'est souvent la dernière qui vous a pris en charge qui à la totalité de votre dossier

        - l'IRCANTEC : tout médecin a eu, ne serait-ce que quelques mois, au cours de ces études, une activité salariée hospitalière, et à ce titre a acquis des droits, si minimes soient-ils, auprès de cette Caisse de retraite des agents non titulaires de l'État et des Collectivités locales. Contactez l'IRCANTEC, 24, rue Louis Gain, 49039 ANGERS CEDEX 01 ; 02 41 05 25 25, pour connaître votre situation.

Ø     Choisir la date de cessation d'activité

Le 65 ème anniversaire n'est pas une date butoir, comme dans les activités salariées. On peut donc prolonger son activité autant que l'on veut, tout en se rappelant 4 éléments  :

- la poursuite du versement des cotisations de retraite n'ajoute aucun droit pour le régime de base de la CARMF, et le "plein "est fait pour la retraite S.S.

- les jeunes confrères seraient bien heureux de prendre des places...

- les plus belles années du "temps retrouvé" seront perdues si l'on attend trop, à moins qu'on ne redoute le "tête-à-tête" avec soi-même... ou avec son épouse,

- le total des diverses retraites, épargnes de précaution et revenus des placements, joint à la diminution des impôts peut parfois donner des revenus presque identiques aux revenus professionnels.

 

Au contraire, il est possible d'anticiper grâce au MICA : "mécanisme d'incitation à la cessation anticipée d'activité". Mis au point en 1988, il a récemment été reconduit jusqu'en 2004. Le but recherché est de diminuer le nombre des prescripteurs en espérant diminuer ainsi la consommation des soins par diminution de l'offre. Initialement prévu pour les 60 à 65 ans, ce mécanisme a été étendu un moment aux 57/ 60 ans, avec en plus, pour eux, une prime progressive selon l'année d'arrêt. Le rapport efficacité/coût ayant été très déficitaire, cette dernière disposition devrait être rapidement abrogée.

Il reste que, par ce mécanisme, le médecin qui anticipe l'âge de sa retraite reçoit une "indemnité de remplacement" (IDR) qui représente environ 175.000 FF/an, net, c'est à dire les 2/3 de la retraite pleine qu'il touchera à 65 ans. Pendant cette période, il continue à cotiser aux régimes obligatoires. Ce n'est donc pas une "liquidation anticipée" laquelle réduirait de 5% par an, de façon définitive, ses droits à la retraite pleine. C'est la CARMF qui verse cette IDR, mais les quelques 3500 utilisateurs actuels du MICA ne vivent pas aux crochets de leurs confrères, puisqu'ils ont cotisé, comme chacun, pour 0,70% de leurs revenus.

 

Quant à la période idéale dans l'année, nous pensons que, compte tenu du trésor de guerre qu'il faut se constituer, il est de loin préférable de s'arrêter en milieu d'année plutôt qu'en fin d'année.

En effet, les impôts concernent les revenus de l'année N – 1 et pour certaines charges sociales N. – 2. Le fait d'avoir six mois de revenus professionnels permet donc de constituer un volant de trésorerie pour régler ces impôts et charges sociales. En outre les prochains impôts ne concerneront que six mois de revenus, donc dans des tranches plus basses. Il sera aussi possible, tout au long de cette demi-année, de réduire de son propre chef  le montant de ses tiers provisionnels, avec lettre motivée à la clé.

 Au contraire, s'arrêter en début d'année supprime tout revenu alors qu'il faudra payer les impôts correspondants à l'exercice complet précédent.

De toutes façons, il faut choisir une fin de trimestre, car les cotisations sociales sont dues par trimestre entier commencé, comme d'autres charges.

N'oublions pas enfin que le premier versement de retraite ne se fera qu'à terme trimestriel échu, c'est-à-dire le 1 avril si l'on s'est arrêté le 1 janvier.

Ø     Licencier le personnel du cabinet :

La cessation d’activité professionnelle oblige à se séparer de sa ou ses collaboratrices (teurs) : il s’agit d’un "licenciement économique".

Il faut téléphoner aux ASSEDIC pour connaître les différentes formalités actualisées dont VOUS êtes responsable, et qui vous occuperont  plus de 6 mois. En particulier, cette forme de licenciement ouvre à votre personnel un droit à un «contrat de conversion », pour qu’il puisse s’adapter à un nouveau travail ou se remettre à niveau. Le fait de l’en avoir privé, par votre négligence, vous fait condamner à tous coups aux «prud’hommes ». Ce contrat est financé par les ASSEDIC, mais aussi par vous... (en plus des primes d ‘ancienneté, de l'ordre de 20 à 30.000 francs par contrat). Ceci est donc à prévoir pour la trésorerie

Par ailleurs la connaissance exacte des délais permet de choisir la date à laquelle vous allez l’avertir de votre fin d’activité – pas trop tôt, pour lui éviter la tentation de partir plus vite si ceci l'arrange, au risque de vous laisser en plan les derniers mois, - pas trop tard pour respecter les délais ou par correction s’il s’agit d’un(e) très ancien(ne) collaborateur(trice).

Bien sûr, il n'est pas interdit à votre successeur de reprendre votre personnel... mais il est probable qu'il ne le fera pas. En effet l'évolution et les coûts de l'organisation professionnelle entraînent une contraction de certains postes de frais : ainsi, un secrétariat téléphonique d'une part et un logiciel de dictée vocale d'autre part (1.500 francs !) peuvent très bien permettre de se passer d'une secrétaire à plein temps.

Ø     Disposer des murs de son cabinet

Les situations sont évidemment bien différentes selon que l’on est propriétaire ou locataire, indépendant ou en groupe, mixte ou professionnel uniquement. C’est dire que les conseils d’un professionnel seront très utiles.

Précisons que cette éventualité se prévoit... au début de son activité professionnelle ou dès que possible, en ayant à l’esprit qu’un achat avec emprunt, vaut toujours mieux qu’une location, puisque les traites peuvent équivaloir à un loyer. Après 10 ou 15 ans, on est propriétaire, sans loyer. En outre, cela donne une grande tranquillité d'esprit quant à la pérennité de son installation. Le raisonnement est évidemment semblable pour ce qui concerne l'habitation principale.

Dans le cas particulier où vous êtes indépendant et mixte, c’est-à-dire professionnel et privé dans le même appartement dont vous êtes propriétaire, il faudra songer à réintégrer dans le patrimoine  privé la partie professionnelle des murs, et cela trois ans avant la retraite. Pourquoi  3 ans ? Parce qu’il se sera certainement produit une plus-value sur la valeur de ces murs. Cette plus-value est taxable (16 + 10%), et le fait de s’y prendre assez tôt permet d’étaler sur ces trois ans (le délai maximum) le paiement des droits et leur amortissement.

Une ultime précision : si vous êtes soumis à l’ISF, cette réintégration (hélas inéluctable), va augmenter la base ISF imposable, puisque le capital qui était jusqu'alors utilisé à usage professionnel était exonéré.

ØCéder sa clientèle

Il y a... bien longtemps, les clientèles (pardon, «le droit à présentation à.. »), se vendait la valeur du chiffre d’affaires annuel. Ce temps est révolu, et des cessions à 50% sont une excellente affaire. Des cessions au 1/3 sont la base à espérer. Hélas, il n’est pas rare de pas trouver de successeur et de devoir «mettre la clé sous la porte ». C’est dire que dans son budget prévisionnel il est préférable de ne pas compter sur cette vente, et de considérer son produit comme «un plus », bienvenu certes, mais incertain.

Il faut aussi savoir qu’au-delà de 150.000 francs, l’acheteur aura des droits à payer. Mais rien n'empêche, pour les diminuer, de mettre le matériel sous une rubrique à part, car la revente d’occasion n’est pas taxable.

Les ventes de «parts », qu’il s’agisse de cabinet de groupe ou de clinique devraient être plus facilement réalisables, encore que...

La recherche d’un successeur se fait de plusieurs façons :

-                    bouche à oreille,

-                    annonces dans «les Cahiers du Collège »,

-                    annonces dans les diverses revues «dentaires », (selon le type d’exercice)

-                    auprès des Conseils de l’Ordre départemental,

-                    dans les agences spécialisées,

-                     par des courriers dans les services hospitaliers.

       Là encore, il faut s’y prendre à l’avance. De plus, il faut penser à convenir d’une certaine discrétion, vis à vis de son personnel et de la clientèle, dans les réponses ou visites faites.

Ø Prévoir le budget transitionnel

On ne répétera jamais assez que le premier versement de la retraite n'interviendra que trois mois après la cessation d'activité. Il faut organiser son budget et prévoir :

- le solde des impôts et des charges sociales qui sont immédiatement exigibles. La seule consolation, c'est que six à huit mois plus tard, vous aurez la restitution par le fisc d'une part, par les allocations familiales d'autre part, du trop versé éventuel puisque, les années précédentes, les cotisations étaient payables d'avance, même si elles étaient calculées sur les années précédentes.

- le "solde de tout compte" pour le personnel et notamment les indemnités du contrat de conversion s'il y a lieu.

- les dépenses de nouvelle installation personnelle, éventuellement

- les "dépenses de fonctionnement" de votre nouvelle vie sans revenus pendant 3 mois, en sachant que le poste des loisirs (spectacles, voyages etc.) va être en notable augmentation.

 

3.     Préparation financière

Il s’agit de faire la comparaison, chiffres en main, entre le train de vie actuel, compte tenu des revenus professionnels existants, et ce qu’il va devenir une fois ceux-ci remplacés par les diverses retraites, tout en prenant en compte le fait que la minoration des revenus entraîne une diminution des impôts à payer.

Les situations personnelles étant tellement différentes, il est prudent de recourir à un conseiller bancaire, patrimonial ou fiscal.

 

Dans les cas où le train de vie reposait exclusivement sur les revenus professionnels, et si l'on n'a pas prévu des ressources complémentaires (de type Madelin ou PEP, par exemple), il va falloir «réduire la voilure » et adapter son train de vie, voire son habitation.

Mais si besoin est, on peut rechercher un complément de revenus : si la prise de retraite interdit absolument toute activité médicale libérale, (en fait toute activité "prescriptive" même bénévole), elle n’interdit pas une activité médicale salariée (à la condition que les revenus obtenus soient inférieurs au montant de la retraite) ou toute autre activité rémunérée qu’elle soit commerciale, artistique ou autre.

 

A l’opposé, la vente de l’appartement, de ses parts de clinique ou, par chance, de sa clientèle ou bien un éventuel héritage, ont rapporté un certain pécule qu’il va falloir «placer ». Suivant son importance, là encore, le recours à un conseil peut s’avérer «rentable », et ce d’autant plus s’il y a des dispositions familiales qui n’ont pas encore été prises : protection du conjoint, donations aux enfants etc.

A propos de conseillers financiers, indiquons qu'il en existe deux grandes catégories :

le conseil financier de votre banque qui est gratuit, mais qui a le gros inconvénient de ne vous conseiller que les produits "maison" ;

un conseil financier indépendant, sans doute plus attentif car ses honoraires seront proportionnels à votre patrimoine (environ 0,2 à 0,3% HT annuels), et qui a l'immense avantage de vous conseiller les produits financiers qu'il aura pu détecter comme étant les meilleurs dans chaque catégorie. Par exemple la Compagnie Nationale des Professionnels du Patrimoine (6, rue de Rome, 75008 PARIS – 01 44 69 88 88). ; www.cnpp.fr ) ou la "Finindep", association professionnelle de conseillers indépendants, (21, rue St Fiacre, 78100 St Germain en Laye ; - 01 39 04 19 00) devraient pouvoir vous renseigner  et vous donner la liste de leurs membres.

On peut imaginer plusieurs types de placement, en gros ceux qui conservent le capital, - petit rendement, mais sécurité -, les placements qui assurent un complément régulier de revenus, et des placements plus «spéculatifs ». Certains se recoupent.

·                   Revenus locatifs : on peut espérer un rendement net de 3 à 5% pour les biens de grande valeur et 6 à 10% pour les petits appartements. Si vous gérez vous-mêmes, il faut toujours prendre de grandes précautions (2 mois de garantie, caution, assurance "impayés et dégradations", vérification des bulletins de salaire auprès des entreprises, etc.). Une agence amputera votre revenu de 10% environ, mais vous met à l’abri de bien des tracas.

Une autre manière d'investir dans l'immobilier sans les soucis de la gestion est de souscrire à des parts de sociétés civiles de placement immobilier (SCPI) qui rapportent 6,5 à 7% de revenus nets. Depuis 2 ans, le marché de l'immobilier de bureau est de nouveau en plein essor...

·                   Assurance vie : il en existe de 2 sortes : "en francs", dont le revenu est assez stable car basé sur les obligations, (entre 5,5% et 7%, selon les années et les compagnies) ; ou bien "multisupports" c’est à dire basé sur la valeur boursière d’un panier d’actions, de SICAV et d’obligations, et dont le rendement est plus variable, allant de 30 % en 1999 à... 0 en 2000. Mais une assurance vie, c’est pour le long terme, n’est ce pas ! ** [2] .

L'intérêt de l’assurance vie n’est plus à démontrer dans une bonne organisation patrimoniale (pas ou moins de droits à payer lors de la succession, selon l'âge des versements), mais aussi pour un complément de revenus. Après quelques années, en effet, il est à tout moment possible de demander une "avance" (remboursable) qui va au maximum jusqu'à 80% du capital ou un "rachat partiel" (non remboursable, c’est à dire définitif) ou une sortie en rente viagère.

·                   Les contrats de complément retraite "Madelin".     

Ce sont des produits "retraite" proposés par les compagnies d'assurance, mais qui, à la différence essentielle avec les "assurances vie", permettent de déduire des revenus la quasi-totalité des cotisations  (le plafonnement est en effet assez élevé). Ceci est surtout intéressant pour les confrères imposés dans les tranches marginales élevées. Par exemple, un versement annuel de 12.000 francs permet d'économiser 5.400 francs d'impôts.

De même, en ce qui concerne l'ISF, s'agissant d'un contrat "non rachetable", il n'a pas à être déclaré.

En revanche, il y a de nombreuses contraintes (durée minimum de cotisations, régulières ; sortie uniquement en rente viagère à 65 ans). Il s'agit donc d'un très bon complément de retraite, à prévoir assez tôt, mais qui n'exclue pas une assurance-vie.

·                   Le PEP

Il s'agit d'un plan d'épargne, qui à l'origine (1990)  était "populaire", mais qui est maintenant plafonné à des versements maxima de 600.000 francs par personne. Cette épargne à long terme (8 ans au minimum) est intéressante par ses avantages fiscaux : les gains capitalisés sont exonérés d'impôts (sauf les 10% "sociaux"), et la sortie se fait sous forme d'une rente totalement défiscalisée.

Il y en a 2 formes, les PEP "bancaires" qui sont donc de simples comptes à terme, et les PEP "assurance vie" qui ne sont rien d'autre qu'un contrat d'assurance vie placé dans l'enveloppe fiscale avantageuse d'un PEP.

Votre conseiller vous précisera les détails de ces différents plans.

·                   La Bourse : un rendement ne sera significatif que si l’on investit au moins 500.000 francs (pardon 76.224 Euros : depuis janvier 1999, la Bourse est un bon exercice d'adaptation puisque les valeurs sont toutes cotées en Euros ). On peut espérer entre 40 et ... 0% l'an, une moyenne de 10 à 15 % sur plusieurs années est raisonnable, si l'on ne fait pas de bêtises (ventes de panique, achats à découvert, spéculation sur warrants quand on n'est pas très expert, etc.).

Le rendement doit également tenir compte des impôts qui vont être appliqués aux plus-values. Il y aura de toute façon 10 % au titre de "l'impôt social". Sur un "compte titre ordinaire" les plus-values supporteront 26% de taxes, et cela, dès qu'on a fait plus de 50.000 francs de transactions. En revanche, si on a progressivement constitué un "PEA" (plan d'épargne en actions françaises, avec versements maxima de 600.000 francs par plan) les plus-values qui se sont capitalisées pendant plus de cinq ans sont exonérées d'impôt, mais le plan est "cassé" si vous retirez un centime, à ce moment. Au terme de huit ans, vous pouvez "sortir" de votre PEA soit en vendant les valeurs, donc en capital total ou partiel, soit sous forme de rente viagère. Vous pouvez aussi le conserver, et les plus-values des années suivantes restent défiscalisées, mais vous ne pouvez plus ajouter de versement : d'où l'intérêt de faire le plein avant le terme des huit ans.

 

Quant à la gestion, deux options sont possibles :

- donner un "mandat de gestion" à sa banque ou tout autre gestionnaire professionnel, tout en sachant que ceci à un coût : 0,50 à 0,80% /an du capital géré, + les frais de courtage sur chaque opération qui seront maximum (1,10 à 1, 50% par ordre). Sans mandat, on vous proposera des SICAV et des Fonds de placements selon une gestion "profilée"(prudente, normale ou dynamique) dans laquelle varie le poids respectif des actions et des obligations.

- gérer soi-même, soit en donnant des ordres à sa banque, par téléphone, fax, Minitel ou  Internet, soit directement par Internet grâce à un  "courtier en ligne". Il y a une trentaine de courtiers de ce type (les premiers en 1997), dont les plus connus sont Fimatex, Self trade, Webrooker, Consors, etc. Leurs frais de courtage sont 3 à 5 fois moins chers (souvent forfaitaires entre 6 et 18 Euros par ordre, c'est à dire entre 0,15 à 0,50% par ordre) que ceux des banques et les ordres sont à transmission instantanée (et parfois exécutés dans la seconde !), alors que ceux des banques sont transmis chaque jour ! .

Il faut compter en moyenne 1 à 2 heures de travail par jour (étude des courbes et des cours, lecture de la presse financière et économique,  recoupement des diverses informations) : ce n'est donc pas de l'argent gagné (ou perdu...) "en dormant", mais avec sa tête, en réfléchissant.

La gestion personnelle exige un apprentissage, qui sera assez long, pour connaître le marché, connaître vos réactions, maîtriser votre panique parfois, et sera plus rapide pour posséder le mécanisme pratique de la transmission des ordres sur Internet. Le mieux est donc, pendant 1 ou 2 ans, de se créer un portefeuille "fictif" et de (bien) le gérer ou bien  de suivre en spectateur la gestion de son gérant de portefeuille.  On peut aussi s'inscrire dans un "club d'investissement". C'est une réunion de particuliers '10 à 20) qui gèrent, par des décisions communes, un petit portefeuille qu'ils ont constitué, et cela sous la conduite d'un professionnel de la bourse, souvent venant d'une banque. La votre vous donnera l'adresse du ou des clubs qu'elle parraine. Vous pouvez aussi vous renseigner sur www.clubinvestissement.com .

·        La défiscalisation 

C'est un outil à manier avec grande prudence, notamment en ce qui concerne les investissements à rendement mirifiques, situés dans les zones "historiques" ou "exotiques", dont l'unique objet est de réduire ses impôts. Leur souscription attire terriblement l'attention du fisc, qui n'attend que la fin des délais pour  trouver une condition non remplie, réintégrer les avantages consentis et ainsi annuler d'un coup le gain fiscal précédent, compte non tenu d'éventuelles pénalités.

Il existe néanmoins des investissements intéressants, bien que comportant une part théorique de risques, tels ceux dans les "Fonds communs de placement à risque dans l'Innovation" (FCPI) : un investissement maximum de 135.000 francs par foyer fiscal diminue non pas votre base imposable, mais directement votre impôt à payer de 37.500 F (page 6,rub.7 de votre déclaration). Là encore, un conseiller patrimonial fera le tri des FCPI les moins risqués.

 

4.     Préparation familiale

Il s'agit surtout d'une préparation conjugale, avant d'être familiale.

C'est une nouvelle vie qui commence, en effet, avec un nouveau partage des lieux, des tâches, et... de la cuisine. 

Ceci n'est pas anodin, et combien de frictions conjugales, qui étaient masquées par l'agitation de la vie professionnelle, vont s'exacerber ou éclater, quand le "face à face" va devenir permanent. A l'opposé, il n'est pas rare non plus que la tension permanente des soucis quotidiens cède la place à une certaine sérénité, et donc à une nouvelle lune de miel.

Le choix du nouveau lieu d'habitation est important  : il ne faut pas de rupture trop brutale avec les habitudes précédentes. En particulier, la transhumance ville - campagne, si elle peut dans un premier temps être envisagée comme idyllique (ah, l'élevage des moutons dans le Larzac !), peut rapidement s'avérer catastrophique par l'ennui et l'isolement. "Cultiver son jardin", c'est très joli, mais cela peut se révéler assez limité pour les ouvertures intellectuelles ou les goûts du conjoint.

La retraite est  le moment de vérifier ou de compléter  les dispositions testamentaires nécessaires.

On sait que, sans contrat ou dans une communauté réduite aux acquêts, la protection du conjoint est fort mal assurée puisqu'il ne disposera au décès de son conjoint que de l'usufruit du quart du patrimoine s'il y a des enfants et si aucune disposition particulière n'a été prise.

NB.: ces dispositions viennent d'être modifiées par la loi Vidalies récemment votée : en présence d'enfants, le conjoint aura un quart en toute propriété sur tous les biens et des droits privilégiés sur l'habitation principale. Sans enfants, il aura la moitié des biens sur la succession, s'il reste encore des ascendants, et la totalité, si non. Quant aux enfants adultérins reconnus, ils ont les mêmes droits que les enfants légitimes.

Celles-ci peuvent consister en :

 pour le conjoint :

¨                une donation faite au dernier vivant, mais cela aurait pu être rédigé dès la rédaction du contrat de mariage,

¨                une nouvelle rédaction de la "clause bénéficiaire" du ou des contrats d'assurance-vie. Il faut rappeler que les versements faits après 70 ans sont soumis, sous réserve de franchise de 200.000 FF, à droits de succession alors que les intérêts ne le sont jamais, quelle que soit la date des versements.

¨                si les enfants en sont accord, après des donations déjà faites, la transformation du contrat de mariage en une "communauté universelle". Cette disposition permet au moment du décès d'un des deux conjoints que l'autre hérite de tout le patrimoine du couple sans aucun droit à payer et cela quel qu'en soit le volume. Les enfants doivent alors attendre le décès du deuxième parent pour hériter à leur tour de ce qui ne leur avait pas été donné. Cette transformation doit être demandée au Tribunal d'instance.

 

pour les enfants :

¨                soit des donations individuelles (sans droits jusqu'à 300.000 francs par tête) selon leurs besoins, soit, beaucoup mieux, pour éviter les incidents avec les autres enfants,... ou avec les beaux-enfants, une donation-partage de la partie de votre patrimoine qui ne vous est pas indispensable, mais avec "réserve d'usufruit" (cela diminue les droits à payer, ne vous prive pas des revenus correspondants, mais c'est vous qui continuez à payer l'ISF).

¨                soit des assurances-vie, mais avec des clauses bénéficiaires plus précises que les formules standard.

 

pour les petits enfants :

Une donation, jusqu'à 100.000 francs par tête (blonde comme toujours) est exonérée de droits.

Cette donation peut être accompagnée d'un "pacte adjoint" qui précisent vos intentions quant à l'âge de disposition possible par exemple ou toute autre disposition

Votre conseiller ou votre notaire vous éclaireront sur tous ces points délicats.

 

5.     Préparation ludique

Le terme de "ludique" peut paraître osé, mais après tout, quand on n'est plus soumis à des horaires, au téléphone, aux échéances, au rendement, quand on a conquis sa liberté, ne s'agit-il pas de "jouer" avec elle !

Que va-t-on faire de tout ce temps libre retrouvé ?

Les possibilités sont tellement nombreuses qu'il est bien difficile de s'ennuyer. Elles seront d'autant plus adaptées qu'elles auront bénéficié d'une préparation  avant la date de la retraite.

 Elles dépendent évidemment de nombreux facteurs : vos goûts,... ceux du conjoint avec lequel il est enfin temps de "partager", votre état de santé, vos possibilités financières et géographiques, etc., et aucune n'est exclusive d'une autre.

On peut envisager :

·                   le sport

On sait qu'à l'âge de la retraite, les sports de compétition sont exclus, et que la reprise soudaine d'un sport abandonné depuis longtemps est imprudente. Le tennis en double, le golf (deux fois par semaine au moins pour espérer faire des progrès sérieux), la marche (rapide, 6 km à l'heure et non la promenade d'agrément), voire le footing, tout ceci est utile à la conservation de la forme indispensable, et pour les femmes, une bonne prévention de l'ostéoporose. Pourquoi pas, non plus, le vélo (des rallyes entre amis, de 50 à 70 Kms/ jour) ou des mini-croisières en voilier (après stage(s) préalable(s) de formation ou de perfectionnement, aux Glénans, par exemple ! (01 53 92 86 00 ou www.glenans.asso.fr. )

Un bilan de santé préalable sera de toute façon une bonne précaution.

·                   Les activités artistiques et culturelles.

Ce sont des activités qui n'ont pas besoin d'avoir été préparées de longue date et qui peuvent être commencées à n'importe quel âge et poursuivies longtemps.

- la peinture ; que ce soit à l'huile, acrylique, aquarelle, pastel, encre de Chine ou en trompe l'œil.

- la sculpture ; avant de s'attaquer à la taille directe sur bois ou pierre, voire granit ou marbre, quelques années de modelage pour faire de la "terre cuite" puis du plâtre apprendront les volumes et les proportions.

Il existe de multiples associations culturelles ou de quartier, confessionnelles ou amicales  qui peuvent permettre des débuts en toute convivialité et avec une grande efficacité, à moins qu'on ne préfère aller directement dans l'atelier d'un artiste.

Le budget va de 2000 à 5000 FF/an selon la fréquence des séances et le lieu.

- la musique : il peut être difficile de commencer, mais la retraite est l'occasion de renouer avec une activité de jeunesse qu'il s'agisse d'un instrument ou du chant choral. Il existe de multiples conservatoires régionaux ou d'arrondissement où l'on peut se rendre. Pour un budget pas très supérieur, il est tout à fait possible qu'un professeur ou un répétiteur (trice) puisse venir à domicile (200 FF /H environ).

- la reliure

- la tapisserie ; ces deux activités se pratiquent en atelier étant donné l'espace et le matériel nécessaires. Le caractère convivial ajoute à l'intérêt propre.

- les universités du troisième âge ou les conférences de l'Institut de France

- une langue étrangère à apprendre ou à perfectionner (par exemple l'institut Goethe pour l'allemand ou l'Institut Britannique pour l'anglais )

- l'enregistrement vidéo des prouesses des petits-enfants ou les péripéties des voyages avec surtout le montage des films, après. L'avènement du numérique offre des possibilités étonnantes. Mis à part la caméra, le budget peut ne pas dépasser 5.000 à 7.000 francs pour la table de montage et les cassettes. On peut apprendre seul ou après quelques séances de formation (à la FNAC par exemple).

- l'informatique : c'est un outil ou un jouet, selon l'usage, mais qui a tellement de possibilités qu'un apprentissage un peu approfondi et l'usage de la bureautique et de l'Internet occuperont beaucoup de temps.

Il vaut mieux ne pas commencer trop tard (si l'on n'a pas déjà commencé, par force, lors de l'activité professionnelle). En effet, quatre écueils apparaissent avec l'âge : la vue s'affaiblit et l'écran devient vite inconfortable, même s'il y a la possibilité d'utiliser des "grandes polices". Il faut choisir un écran d'au moins 14 ou 15 "pouces", voire 17 ; la dextérité digitale diminue, entraînant un appui plus prolongé sur les touches ce qui est l'occasion de gags rapidement agaçants ; on s'habitue mal, au plan ergonomique, au déplacement vertical, sur l'écran, d'une flèche, à partir d'un mouvement horizontal de la souris ; on mémorise moins bien les différentes procédures.

·                   les voyages.

Que ce soit avec votre conjoint ou un groupe d'amis, leur préparation attentive, (sans aller pourtant jusqu'à apprendre la langue du pays !), est une bonne occasion d'enrichissement personnel, au plan historique, géographique ou culturel. Certaines agences de voyages insistent sur ce caractère tel  "Clio" ou  "la Maison de la Chine".

Ce peuvent être aussi des voyages "à thème", dont le prétexte pourra être une compétition de bridge ou un stage de golf.

Il faut compter, tout compris, environ 1000/1500 FF/J/personne, quel que soit le type de voyage.

·                   Le bénévolat

Il peut s'appliquer à beaucoup d'actions : 

- humanitaire : qu'elles soient médicales ou non, (comme les clubs type Rotary ou Lions), les nombreuses associations permettent de s'engager aussi bien pour des missions en pays en voie de développement que dans une activité logistique ou administrative au sein de ces associations. Les très grandes, du type "médecins du monde" ou "médecins sans frontières" sont très structurées et ont bon nombre de permanents de telle sorte qu'il est difficile de s'y faire admettre. Il en existe d'autres, de taille différente qui vous accueilleront.

- social : les associations confessionnelles ou de quartier recherchent toujours des bonnes volontés pour l'assistance aux chômeurs, SDF, jeunes en difficulté etc.

Beaucoup plus exigeantes au plan personnel de l'engagement sont les actions telles que les visites de prison ou d'hôpital, voire les accompagnements de fin de vie.

- associatif : le nombre des associations est infini (puisque chaque français rêve d'être appelé "Monsieur le Président"), qu'il s'agisse d'associations sportives, philatéliques, colombophiles, culturelles, artistiques, historiques, etc.

 - politique : le choix de l'engagement occupe les 180° de l'horizon politique, que ce soit au plan national, régional ou communal. Mais, loin de l'action militante pure et dure, quelle belle manifestation d'altruisme que de participer à la gestion communale, par exemple !

 

Une remarque générale s'applique à toutes ces activités de bénévolat : une fois engagé, on risque de se laisser entraîner à donner de plus en plus de temps. Il faut donc bien estimer la valeur de son engagement, les risques d'extension et ne pas surestimer ses propres forces car il faut en conserver pour les petits-enfants (cela soulage l'emploi du temps surchargé de leurs parents), et...  le farniente.

 

6.     En conclusion,

La retraite est une nouvelle vie passionnante, avec de multiples activités à découvrir ou redécouvrir, approfondir et perfectionner. Comme en Bourse, le secret de la réussite est dans la diversification. L'autre secret est peut-être aussi dans un certain don de soi, pour ne pas vivre replié sur son égoïsme naturel.

Alors, préparez-la bien et ne la prenez pas trop tard !

*******************************************

Vous êtes Hit Counter à avoir lu ce dossier,

(depuis la réinitialisation du 7 juin 2002)

                                                                               Haut ; Retour à Dossiers

                                                    Retour à l'Accueil : <-- précédente ou bien Accueil

[1] Retraité 1998 – e-mail : cydaieff@noos.fr

[2] ** Ainsi, sur les 3 dernières années, les contrats «en francs » ont rapporté, en cumulé, environ 19%, tandis que ceux «multisupports » entre 33 et 60 % selon les compagnies... mais les années 2002 et 2003 ont vu, en gros, le rapport s'inverser  et même être négatif pour les contrats en francs, (devenus "en euros")!